Près de 80 000 habitants des Hauts-de-France répartis dans plus de 25 communes ont consommé une eau contaminée par le fluopyram, un pesticide de la famille des PFAS. Ces substances surnommées « polluants éternels », persistent généralement dans l’environnement et sont associés à des risques très graves pour la santé, avec des perturbations hormonales, un affaiblissement du système immunitaire et de graves suspicions de cancers. Malgré des concentrations dépassant les seuils réglementaires, l’eau a continué d’être distribué dans 46 communes, pendant que l’État semble être préoccupé par tout autre chose, très détaché de la santé ou de la survie des milliers de français.
Les populations sont entrain de vivre de manière silencieuse une véritable crise sanitaire qui présente des contradictions inquiétantes. Cette France qui est prompte à dénoncer de manière très ouverte et généralement maladroite, les atteintes environnementales et sanitaires à l’étranger, devient muette lorsqu’il s’agit de de ses propres citoyens au point où l’action politique se fait attendre. Les ONG à l’instar de Générations Futures, dénoncent un manque de transparence, tandis que les habitants victimes de ce laxisme monumental grave se sentent abandonnés. Beaucoup d’entre eux qui n’ont plus le choix, sont obligés de recourir à des solutions coûteuses inégalitaires, obligés d’acheter de l’eau en bouteille, installer des filtres domestiques ou tout simplement réduire à sa plus simple expression, leur consommation.
Au delà des problèmes sanitaires sérieux, c’est la confiance envers les institutions des différentes communes concernées qui vacille. Comment peut-on exiger des standards élevés à l’international, alors qu’en interne on tolère une eau impropre à la consommation ? C’est une situation qui illustre parfaitement la fracture entre discours et réalité. Les conséquences sont lourdes et multiples pour les habitants qui continuent de boire de manière inconsciente une eau impropre à la consommation. Afin de remédier à cette situation, il est recommandé aux autorités locales de prendre des mesures correctives urgentes, pour que le traitement de l’eau distribuée dans le circuit soit revu, que des informations claires et précises soient mise à la disposition des populations concernées et surtout que la distribution de l’eau contaminée soit suspendue avec des décisions compensatrices pour permettre aux plus démunis de subsister sans une autre forme d’exposition. Le gouvernement doit donc assumer ses responsabilités en mettant en place une réponse nationale face aux PFAS. Cela implique des normes plus strictes, une transition agricole vers des alternatives durables et une reconnaissance officielle de la gravité de la situation.
Cette contamination qui est une nouvelle alerte sanitaire, intervient dans un contexte politique tendu. Par la voix du Premier ministre Sébastien Lecornu, le Gouvernement a récemment annoncé un moratoire sur la politique de l’eau, une concession faite à la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA). L’Organisation Non Gouvernementale Générations Futures a appelé les députés à voter la proposition de loi introduite par le député écologiste Jean Claude Raux, qui invite les décideurs politiques à interdire l’usage des pesticides dans des zones de captage d’eau.
Éric Moïse NKOUANDOU M.